L’Endurance, une discipline moto unique [Série Bol d’Or 2017, 2/3]

L’Endurance repousse les limites techniques, le courage et l’esprit d’équipe. C’est ce qui rend la discipline très difficile mais tellement unique

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L’Endurance est une pratique qui repousse les limites techniques des sports mécaniques, révèle le courage physique et mental des pilotes et enfin met en relief l’état d’esprit familial au sein des équipes. Voilà l’équation – presque simple – qui rend cette discipline unique dans le paysage de la compétition moto.

Jusqu’aux limites techniques

Pendant ce Bol d’Or 2017, la Yamaha du GMT94, victorieuse de l’épreuve, a parcouru un total de 3955 kilomètres en 24 heures. Près de 4000 kilomètres à fond, avec moins de 30 minutes cumulées d’arrêts aux stands sur la totalité de la course, sans jamais couper le moteur et encore moins laisser le temps à la moto de refroidir : l’Endurance est sans conteste une épreuve d’endurance mécanique. Les équipes repoussent les motos et spécialement les moteurs jusqu’à leurs limites.

A la veille du départ du Bol d’Or, la Yamaha #7 du YART se déshabille.

Antoine Arcaro, du département Marketing et Communication de Suzuki France, m’explique en quoi ce défi mécanique est particulièrement vrai au circuit Paul Ricard : « Au Castellet, il y a une question technique : la ligne droite est éprouvante. On l’a vu la première année avec beaucoup de casses moteurs. […] Il y a au mieux 18 secondes de pleine charge dans la ligne droite, donc c’est forcément compliqué, avec des réaccélérations assez brutales. Les motos sont mises à très rude épreuve ici : on le voit avec des teams de pointe à qui il arrive des soucis, comme Kawasaki qui casse un moteur neuf. C’est de la malchance mais on est jamais à l’abri, et la ligne droite fait très mal aux motos : tous les teams travaillent pour les fiabiliser au maximum ici, pour réduire les pleines charges et réduire un peu les régimes moteurs aussi. »

Le public s’intéresse également à ces questions de fiabilité, surtout quand il s’agit de comparer les motos présentes sur la piste avec celles que l’on trouve dans le commerce. Julian, 34 ans, venu du département de Saône-et-Loire et roulant en Kawasaki 750 ZX-7R, explique que « les bécanes que l’on met à l’épreuve, ça donne une petite idée de ce que l’on achète par la suite ». Un peu plus loin, un autre spectateur, Alexandre, 31 ans, qui vient du Var et roule en Kawasasaki Z1000, résume ainsi : « L’endurance, ça m’évoque la fiabilité de la moto. C’est là où on teste ça ! »

Un défi physique et mental

Un relais de pilote lors d’une course d’Endurance dure environ une heure, soit environ vingt minutes de plus qu’une course complète en Championnat du Monde MotoGP ou Superbike. Lors d’une épreuve de 24 heures, chaque pilote effectue environ huit relais. Même si les comparaisons entre disciplines sont discutables, cette mise en relief permet de comprendre facilement en quoi l’Endurance représente un vrai défi physique et mental pour les pilotes. Eric Pecoraro, Directeur Marketing et Communication de Triumph France, partage sa vision : « L’Endurance évoque la persévérance, l’envie de se dépasser. Ce sont des valeurs importantes, et également des valeurs importantes dans la moto. »

Si l’Endurance recouvre en effet une dimension épique, réussir le défi physique et mental est d’autant plus impressionnant car cela nécessite le développement de compétences spécifiques chez les pilotes : gérer la fatigue et la concentration en même temps, optimiser les mouvements sur la moto pour limiter l’effort musculaire, trouver les meilleures méthodes entre les relais pour reposer le corps et la tête au maximum.

Le défi physique et mental, toutes les équipes le connaissent, des plus grandes aux plus petites. A moins d’une heure de la fin de la course, les motos du Tati Team Beaujolais Racing (#4) et du Team 33 Accessoires Louit Moto (#33) sont en train de réussir ce challenge de 24 heures. Ces deux Kawasaki signent une très belle performance : elles terminent respectivement 8e et 9e au classement général du Bol d’Or et s’adjugent surtout la 1e et la 2e place du classement Superstock !

Le public est incontestablement ébahi par la capacité des pilotes à tenir le choc. De nombreux spectateurs que j’ai rencontrés ont évoqué cet aspect. Morceaux choisis :

  • « L’Endurance, c’est de la remise en question de soi-même et la volonté. » – Marie, 42 ans, vient du département des Bouches-du-Rhône, roule en CBR 1000 RR Repsol.
  • « Impressionant. Ouf. What The Fuck ? On les voit passer le premier tour : ils sont à balle, il reste 24 heures. Toi quand tu arsouilles, au bout de quelques minutes ou au mieux quelques heures, tu es crevé. » – Philippe, 23 ans, vient du département du Rhône, roule en Kawasaki ER-6N.
  • « Je ne sais pas comment ils arrivent à rouler aussi vite aussi longtemps, toujours à fond, toujours à attaquer. C’est impressionnant ! » – Damien, 30 ans, vient du département de la Loire, roule en Triumph Street Triple.
  • « Ce qui m’impressionne le plus, ce sont les machines et les pilotes : surtout les pilotes et leurs capacités à tenir comme ça pendant des heures et des heures. » – Yoann, 42 ans, vient du Vaucluse, roule en Suzuki Hayabusa.

Le défi physique et mental existe pour les pilotes, mais n’oublions pas qu’il est très présent pour les personnes qui entourent les pilotes. Derrière de grands pilotes se cachent toujours de grandes équipes, et l’Endurance est sûrement la discipline qui le révèle de la meilleure manière. Thomas Ory, de l’équipe événementielle de BMW Motorrad France, souligne ce phénomène : « C’est vraiment un sport extrême dans le sens où l’on pousse à la fois les mécaniques mais aussi les personnes—donc les pilotes, les mécaniciens et les équipes—au bout de leurs capacités. Du coup, c’est vraiment une très belle discipline où beaucoup de qualités sont demandées, à la fois de la précision, de la vitesse, de la concentration. Et tout ça est vraiment poussé à son extrême. »

Parfois plus que des équipes soudées, des familles

Unies dans les défis de l’Endurance, les équipes démontrent des liens très forts. D’ailleurs, est-ce que vous connaissez beaucoup de disciplines où les membres d’une même équipe passent autant d’heures les uns avec les autres dans un box et un camion de quelques mètres carrés chacun ? Antoine Arcaro, de Suzuki France, insiste sur les relations étroites qui sont tissées au sein d’une équipe : « L’Endurance, ce sont des émotions et une équipe. C’est une famille aussi, surtout au SERT où l’on a beaucoup de bénévoles. Et c’est vrai que l’Endurance en général, c’est une histoire de famille car c’est une épreuve particulièrement difficile pour les motos comme pour les humains. Donc on célèbre tous ensemble la satisfaction de voir le drapeau à damiers et d’arriver au bout d’une épreuve aussi dure, que ce soit sur 8 heures ou 24 heures de course… parce que ces épreuves sont toutes aussi dures les unes que les autres ! »

Atteindre le terme d’une course de 24 heures est déjà une victoire en soi et un bel accomplissement commun. Pour le GMT94, cela s’est concrétisé sur la plus haute marche du podium : toute l’équipe, debout sur le mur des stands, a célébré le passage de Mike Di Meglio sous le drapeau à damiers dans un beau moment d’explosion de joie.

Lorsque l’on quitte la piste des yeux et que l’on se concentre sur les équipages, on observe des orchestres réglés au millimètre. Cela est mis en relief lors des très rapides ravitaillements bien sûr, où tout se joue dans une chorégraphie qui ne laisse pas de place à l’hésitation et aux mouvements inutiles. Mais cela se voit également pendant toute la durée d’une course : les membres d’équipe – mécaniciens en charge de l’électronique, masseurs, cuisiniers et autres – se connaissent presque par cœur et vivent ensemble dans une dynamique où chacun trouve sa place au plus juste. Chacun utilise son cœur de compétences au mieux pour atteindre une forme de synergie avec le groupe et servir la grande cause commune : l’atteinte du fameux drapeau à damiers.

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