Au Bol d’Or, à côté de la passion pour le sport moto et la compétition, on remarque d’autres choses. J’étais au Bol d’Or 2017 le week-end dernier. En quittant les yeux de la course, j’ai observé quelques curiosités au sein du village d’exposants. Je me suis ensuite aventuré plus loin, de l’autre côté du rideau : dans les zones de camping, j’ai vu la magie se dissiper pour laisser place à une ambiance festive d’un autre genre.
Burgerland
Dans le village d’exposants, il y a globalement une très bonne ambiance. Par contre, ça sent les grillades partout : on se croirait dans un concours du meilleur hamburger à la vue de ces innombrables stands de nourriture qui vendent le fameux burger-frites, figure quasi-monopolistique de ce que l’on pouvait se mettre sous la dent. Les nombreuses personnes venues au circuit à moto avec des bagages limités, dont je fais partie, comptent sur le village pour se nourrir pendant trois jours : ce n’est pas parce que je dors dans une tente que j’ai forcément envie de me gaver de fast-food pendant mon séjour. Et j’ai surtout envie de réussir à fermer les boutons-pressions de mon pantalon en cuir au moment de repartir.
Bon ok, j’aurais pu prendre ma moto et sortir du circuit pour aller faire des courses dans les villes alentours, mais j’avoue que j’avais la flemme. Et j’étais surtout trop occupé du matin au soir par les vraies raisons de ma présence ici : la course et les discussions dans le paddock et le village. Quoi qu’il en soit, c’est au bout de mon cinquième repas avec burger ou sandwich bien gras que j’ai eu une grosse envie : un bar à salade ou un bar à pâtes. Je suis sûr que ça aurait été facile à mettre en place. Au même moment, une certitude s’est installée dans un coin de mon cerveau : d’autres personnes dans le public auraient apprécié une offre plus variée de nourriture.



Oser la différence : un choix parfois risqué
Au-delà de la manière de remplir mon estomac (et après avoir digéré mon énième burger, bu ma bière et rempli mes narines de fumée de pneu au show de stunt), deux autres curiosités du village ont attiré mon oeil. L’enseigne de magasins d’équipement Dafy Moto a transformé son beau stand en un concept hybride de magasin et boîte de nuit : jets de fumée, présence d’un DJ, enceintes avec un son très fort et le tout mis en ambiance par un animateur au micro, du matin au soir. On adore ou on déteste, mais je salue l’initiative de Dafy, cherchant à proposer quelque chose de différent.
Un peu plus loin, j’ai surtout remarqué le stand WD-40 qui proposait, lui aussi, quelque chose d’atypique pour d’autres raisons : dans la foule serrée devant le stand, je ne sais pas si les hommes, en très grande majorité, étaient là pour les échantillons gratuits de produits de la marque ou pour admirer les courbes des hôtesses. WD-40 avait en effet fait appel à une armée d’hôtesses en tenue moulante une pièce, des combinaisons en lycra d’un bleu clair brillant…et pas complètement opaque. On est déjà dans une époque où la présence des paddock girls est remise en questions sur les grilles de départ des courses, alors WD-40 n’a peut-être pas joué son coup marketing le plus fin.
Bienvenue dans la Zone
Après mes observations dans le village d’exposants, j’ai atteint une partie sombre autour du circuit : j’ai exploré les zones de camping. Pour ce Bol d’Or 2017, deux zones de camping existaient : l’aire du Lac, se situant au sud du circuit, et l’Aire du Mistral, placé au nord du tracé, le long de la ligne droite du même nom. En y allant, j’ai vécu un passage de l’autre côté du rideau. J’ai plongé dans l’envers du décor : l’ambiance qui règne au camping tranche nettement avec le reste de l’événement et j’ai eu l’impression d’avoir atterri dans un défouloir géant plutôt qu’un coin de repos. Une expérience que je vais vous raconter maintenant.
Au sein de l’aire du Lac, les coups de rupteurs commencent dès le coucher du soleil et se font entendre à intervalles presque réguliers jusqu’au petit matin. Au milieu de la nuit, proche de ma tente, une dame hurle « Arrêtez ! » de toutes ses cordes vocales et à plusieurs reprises. Puis le jour se lève et reprend le dessus : le spectacle est maintenant assuré par deux adolescents qui passent et repassent dans les allées avec une moto de cross et une d’enduro, soulevant à chaque fois quelques regards et surtout beaucoup de poussière.

En me rendant dans l’Aire du Mistral pour voir les pilotes passer à fond dans la ligne droite du circuit, je comprends que je viens de passer au niveau supérieur. L’Aire du Lac n’était qu’une douce introduction. Au Mistral, le vacarme est continu et les bruits ne s’évanouissent jamais dans le froid de la nuit. Comprenez : l’Aire du Lac est uniquement réservée aux motos alors que l’aire du Mistral est ouverte aux voitures, camionnettes et autres utilitaires, ce qui permet à ses occupants d’amener plus de « matériel ».
C’est ainsi que je me retrouve plongé d’un coup dans une ambiance très « Mad Max », aux accents presque apocalyptiques : les drapeaux pirates qui flottent au vent et les motos aux échappements immenses qui crachent du feu sont les symboles principaux de la scène. Autour de ça, la musique à fond, les disqueuses qui désossent les vieilles bécanes, les feux de camp qui éclairent les visages, la bière qui coule à flot et les pneus empilés qui n’attendent que leur tour à la guillotine du burn finissent de planter le décor.
En voyant tout ça, je m’interroge : est-ce que le camping mérite son statut de défouloir géant ? J’espère une explication alternative et je la cherche même dans une optique plus philosophique : est-ce que le camping peut être perçu comme une belle zone de liberté et d’expression, voire même un laboratoire d’affranchissement des codes de la finesse et de la subtilité ? Je n’ai pas obtenu de réponse définitive mais je me suis quand même rendu compte d’une chose : pour le prix d’un ticket au Bol d’Or, je me suis parfois cru à Burning Man, la rencontre artistique débridée qui a lieu dans le désert du Nevada. D’autres fois, j’ai eu l’impression d’être à Oktoberfest, la grande fête de la bière à Munich. Après réflexion, j’ai finalement cumulé au moins trois festivals en un : que demander de plus ?


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