Un week-end au Bol d’Or sait vous tenir en haleine du début à la fin. La recette magique ? Chauffez la piste et le public avec des courses de quelques heures chacune avant d’amener l’épreuve de 24 heures, un plat de résistance qui se montre toujours très généreux en rebondissements et surprises.
Des motos tous azimuts et des heures de course : l’organisation d’un week-end au Bol d’Or
Pour les non-initiés, sachez que le Bol d’Or regroupe en réalité trois courses en un seul week-end, avec des catégories bien distinctes. Il y a tout d’abord le Bol d’Argent, qui offre de belles bagarres en piste. Il s’agit d’une course réservée aux pilotes amateurs et roulant uniquement sur des roadsters (deux catégories : 600 cm3 et 800 cm3). La course s’effectue en une manche de trois heures avec deux pilotes par équipe.
Vient ensuite le Bol d’Or Classic, une course de motos anciennes. Quel plaisir de voir des vieilles bécanes poussées dans leurs retranchements plusieurs décennies après leur sortie sur le marché ! La course consiste en deux manches de deux heures chacune et s’effectue en équipes de deux pilotes. Le Bol d’Or Classic 2017 regroupait deux catégories : Classic (modèles commercialisés entre 1960 et 1983) et Post-Classic (motos de 1984 à 1991).

Enfin, la dernière course est le Bol d’Or, donnant son nom à l’événement : il s’agit bien sûr de la course la plus importante. Elle est la manche d’ouverture du Championnat du Monde d’Endurance et se dispute pendant 24 heures en équipes de trois ou quatre pilotes. La course fait la part belle aux mécaniques puissantes puisqu’elle se déroule sur des motos sportives de 1000 cm3, divisées en deux catégories (Superstock et EWC).
Au total, en comptant les essais, les qualifications et les courses du jeudi au dimanche, un week-end au Bol d’Or 2017 offrait un record de pas moins de 38 heures de présence des pilotes en piste. Le public a de quoi être servi ! Les événements impliquant des courses de 24 heures favorisent forcément un temps très long en piste : à titre de comparaison, les 24 heures du Mans Motos 2017 ont offert un total quasi-égal de 37 heures et 30 minutes de présence des pilotes en piste. En revanche, en raison de la nature des courses bien plus courtes, un week-end de MotoGP (toutes catégories confondues) offre environ 12 heures de piste et un week-end de Championnat WorldSBK (toutes catégories confondues également) offre environ 12 heures et 30 minutes de piste.
Au sein des 38 heures de moto au Bol d’Or, c’est bien évidemment la course de 24 heures que les 68 000 spectateurs de cette édition 2017 attendaient avec impatience : une course qui a vu s’affronter les plus grandes stars de l’Endurance, des champions repoussant toujours plus loin les limites. Sur leurs motos, ces gladiateurs des temps modernes se sont lancés à plus de 300 km/h contre les autres concurrents, le froid de la nuit, la fatigue physique et mentale, le tout pendant deux tours d’horloge. Voici leur récit.
Un départ canon
Après avoir dominé les essais, le Team Kawasaki SRC s’empare de la pôle position avec un temps cumulé par les trois pilotes Mathieu Gines, Randy De Puniet et Fabien Foret de 1’58”609. Randy de Puniet fait également claquer le chrono avec un impressionnant 1’57”532 pour son temps personnel : on était proche du record absolu de 1’57”253 ! Ce record date des qualifications du Bol 2015 et avait été établi par le pilote allemand Markus Reiterberger avec la BMW S 1000 RR #13 de l’équipe Penz13.com.
Une fois la course lancée, il n’a pas fallu attendre longtemps pour que le public ait du mal à retenir son souffle. Randy de Puniet est le pilote Kawasaki en charge du départ. Suite à une hésitation qui le fait avancer de quelques pas puis reculer sur la piste, de Puniet rate malheureusement son départ et perd le bénéfice de la pôle position au moment de courir vers sa moto et s’élancer : il se retrouve alors à la 5ème place au premier virage. Malgré cet incident, de Puniet attaque très fort et il lui faut moins de deux minutes pour rétablir l’ordre des choses : il termine le premier tour à la première place. L’homme en vert fait ensuite parler la poudre et imprime un très gros rythme : à chaque passage devant les stands, il creuse l’écart avec la meute de motos à sa poursuite.

Le public est impressionné de voir Randy de Puniet rattraper les dernières équipes sur le circuit au bout d’une dizaine de tours seulement. Mais après une demi-heure de course environ, la Kawasaki #11 perd son rythme effréné, de Puniet est contraint de rentrer aux stands pour vérifier le problème. Après démontage par les mécaniciens, le verdict est brutal : moteur cassé, fin de la course. Au delà du talent, le Bol d’Or fait également appel à la chance. Pour ce 81e Bol d’Or, le team Kawasaki SRC dirigé par Gilles Stafler en a manqué alors que cette équipe méritait d’aller bien plus loin.
24 heures pour connaître le circuit comme sa poche
Une fois la folie du départ derrière nous, l’une des beautés d’une course de 24 heures est de vous donner l’opportunité de faire le tour du circuit et d’admirer la course sous de nombreux angles. Vous le connaissez bien le Paul Ricard vous ? Je vous emmène faire un tour du circuit avec une description de ses zones principales !
La ligne droite des stands est impressionnante à double titre : elle est le lieu où se concentre toute la tension au départ de la course et elle représente la partie le plus bruyante du circuit puisque le mur face à la tribune intensifie le sons des échappements. Les motos sont à environ 230 km/h au milieu de la ligne droite des stands, matérialisé par la ligne d’arrivée. Au bout de la ligne droite, les motos déboulent à plus de 270 km/h et accrochent les freins pour se lancer dans le S de la Verrerie.
Un peu plus loin, au virage de l’Hôtel, les pilotes atteignent près de 240 km/h au moment de freiner : c’est une zone où l’on observe de nombreux dépassements. Malheureusement, le public n’y a plus accès depuis cette année. La ligne droite du Mistral, interminable avec ses 1,8 kilomètres de long, pousse les moteurs au maximum et permet d’approcher les 320 km/h en vitesse de pointe. Sur le plan du circuit, elle est annoncée comme ouverte en intégralité, mais ce n’est pas le cas : une bonne portion est ouverte mais on regrette le manque de signalisation pour aiguiller les spectateurs.
Toutes les bonnes choses ont une fin : la courbe de Signes marque la fin de la ligne droite et forme le virage le plus rapide du circuit mais également du championnat : ce long droite se négocie aux alentours de 180km/h, voire 190 km/h pour les plus expérimentés. Impressionnant. Les pilotes continuent ensuite vers le double droite du Beausset, un virage parabolique qui semble ne jamais se finir quand on en fait le tour à pied. Sur la piste, son tracé offre plusieurs possibilités de trajectoires et permet des dépassements. Ce virage sera d’ailleurs le théâtre d’une belle passe d’armes en fin de course…mais je ne vous en dis pas plus pour le moment !


Avant la fin du tour, la dernière zone cruciale est l’ultime virage : le virage du Pont. Il est le virage le plus lent du circuit : avec une vitesse de passage d’environ 60km/h au point de corde, les risques de highside existent. Sur cette dernière portion du circuit, le son des motos et les transferts de masse à la réaccélération font le plaisir des spectateurs.
Premières heures : la guerre psychologique est lancée
Autour de ce long circuit de près de 6 kilomètres, on a vécu de nombreux renversements de situation pendant 24 heures. Compte tenu de la casse moteur de la Kawasaki #11 après seulement 17 tours de course, c’est la Honda #5 du Team F.C.C. TSR qui s’empare des commandes et termine la première heure de course aux avant-postes.
Dans la roue de la Honda, une bataille sévère se déclenche entre les grands noms de l’Endurance, avec dans les rôles principaux la Suzuki #2 du SERT, la Yamaha #94 du GMT94, la Yamaha #7 du YART et enfin la Honda #111 de l’équipe Honda Endurance Racing (HER).

Dans les heures qui suivent, c’est une véritable guerre psychologique qui est engagée : la tête de course s’échange d’abord entre le GMT94 et le F.C.C. TSR dans l’après-midi puis entre le GMT94 et le SERT en début de soirée. Avant le début d’une longue nuit, c’est le SERT qui est en tête et tente de prendre le large, mais le GMT94 ne l’entend pas de cette oreille et remonte sur la Suzuki. Pendant ce temps, les deux Honda F.C.C. TSR et HER suivent mais le YART est contraint à l’abandon, voyant son rêve de victoire s’envoler.
Place à la nuit
Une nuit froide s’empare des plateaux de Provence et amène comme toujours son lot de surprises dans le classement de tête. Avec deux petits ennuis mécaniques, la Suzuki du SERT perd du temps aux stands et par la même occasion la place de leader au profit de la Yamaha #94. Cette première place si chère s’échange plusieurs fois dans la première partie de la nuit entre cette Yamaha du GMT94 et la Honda #5.

Cependant, peu avant 3h du matin et la mi-course, la Yamaha du GMT94 reçoit une pénalité pour dépassement de ligne blanche et la Honda du Team F.C.C. TSR s’empare de la tête. A cette moitié de course, après 12 heures, les machines en tête ont déjà accompli plus de 340 tours de piste et on recense 12 abandons sur les 59 équipes engagées.
Pour le reste de la nuit, la Yamaha #94 donne son maximum malgré sa pénalité. Elle a l’habitude des luttes qui durent : comme elle l’a fait plus tôt dans la course avec la Suzuki #2, elle ne laisse jamais à la Honda #5 l’occasion de s’échapper et les deux machines continuent de s’échanger la première place.
Comptage des pertes à l’aube
Lorsque le soleil fait son apparition à l’horizon, à environ 7h30 du matin, la nuit a été douloureuse et les abandons ont doublé : après 16 heures de course, sur les 59 équipes engagées, 34 sont toujours en course et 25 ont abandonné, soit plus de 40% des équipes. Pendant ce temps, la Yamaha #94 et la Honda #5 continuent leur combat au corps-à-corps, observées de loin par l’autre Honda officielle : la Honda #111 du Honda Endurance Racing se situe à un à deux tours de retard mais est positionnée à la troisième place et se concentre pour tenter d’obtenir un beau podium à la clé.
Double coup de théâtre dans la matinée
De 9h à 11h, la Honda #5 prend l’ascendant et parvient à garder l’avantage sans jamais permettre à la Yamaha #94 de repasser devant. Mais un autre coup de théâtre vient changer le cours du destin dans cette course, un coup dur pour les deux Honda officielles. La Honda #5 chute vers 11h10 : le pilote Alan Techer est sonné, la moto est endommagée. Au moment où la machine arrive au stand vingt minutes plus tard, Sébastien Gimbert, sur l’autre Honda #111, rentre également aux stands : il s’agit d’un arrêt imprévu pour signaler un problème semble-t-il électronique à son équipe. Les deux motos quittent les stands quasiment en même temps mais accusent le retard : la #111 parvient à repartir à la seconde place du classement à 7 tours des leaders mais la #5 est lourdement rétrogradée en sixième position, à 14 tours de la Yamaha #94 contre qui elle jouait la première place quelques minutes plus tôt. Dure loi de l’Endurance.

Dernières heures de course : la fin est proche, mais ce n’est pas encore fini
Sur les trois dernières heures de course, la Yamaha du GMT94 continue d’avancer en tête, la Honda #5 du F.C.C. TSR n’arrive pas à remonter au classement et la Honda #111 connaît une fin de course usante qui compromet ses espoirs de podium. En effet, la moto du HER continue de subir des ennuis électroniques et se voit contrainte d’effectuer deux courts arrêts aux stands avec démontage des carénages et changement de quelques pièces. La Honda #111 perd ainsi sa seconde place provisoire, au profit de la BMW #13 de l’équipe WEPOL BMW Motorrad Team by Penz13.com. Elle se retrouve même reléguée plus tard en quatrième position, juste derrière une autre BMW, la #48 de l’équipe Völpker NRT 48.
Une arrivée digne d’un Grand Prix
A l’entame de la dernière heure de course, la Yamaha du GMT94 possède 10 tours d’avance sur son premier poursuivant et se contente de finir sa course en gérant son avance : sauf problème mécanique ou chute, la victoire semble promise à la Yamaha #94. Rien ne viendra entacher la belle histoire et l’équipe de Christophe Guyot remporte ce 81e Bol d’Or après avoir effectué 683 tours en 24 heures, dont la moitié en tête de la course (344 tours).
Les champions du monde en titre ont réussi à gérer une course difficile tout en profitant des déboires et coups du destin vécus par leurs concurrents, des rebondissements inévitables en Endurance. Pendant ce temps, la BMW #13 de l’équipe WEPOL s’adjuge la deuxième place de la course.
Qu’en est-il de la dernière marche du podium ? Il s’agit d’une toute autre histoire : ce Bol d’Or 2017 s’est terminé dans la plus pure magie de la course avec un moment intense, digne des derniers tours d’une course de MotoGP. Ces dernières minutes de course ont certainement été le plus fort moment de ce Bol d’Or.
Après presque 24 heures de course, vu la régularité de la BMW #48 sur l’épreuve et les soucis de fin de course de la Honda #111, ces deux motos se retrouvent au coude-à-coude pour la troisième place et se suivent en piste avec seulement quelques dixièmes de secondes d’écart. Ce sont sur ces deux machines que se concentrent le public et les caméras du circuit.
Du bord de la piste, on est tous témoin d’une scène où la BMW est pilotée par l’allemande Lucy Glöckner (oui, une femme !) et pourchassée par la Honda avec le français Sébastien Gimbert à son guidon. Dans ce cas, la règle est simple : le premier pilote qui passera la roue avant de sa moto sur la ligne d’arrivée montera sur le podium. Après la fatigue d’une course à deux tours d’horloge, il faut puiser dans ses derniers retranchements pour donner le maximum.

On se situe maintenant dans les cinq dernières minutes de course. Gimbert fait un bel intérieur à Glöckner dans le virage du Beausset avec une trajectoire plus incisive. Mais un demi-tour plus tard, dans l’avant- dernier tour de la course, la BMW profite du phénomène d’aspiration et de sa puissance pour reprendre la troisième position dans la longue ligne droite du Mistral. Aux stands, les deux autres pilotes de la Honda #111, Gregory Leblanc et Yonny Hernandez, se mordent les doigts et poussent des cris de stress en suivant les images sur les écrans de télé. Sur la piste, Gimbert convoque toute son expérience d’ancien champion du monde et son pilotage chirurgical : trois virages après s’être fait dépassé, il réalise la manœuvre qui scellera l’accès de sa moto Honda au podium. Le français effectue un dépassement très intelligent par l’extérieur au virage de Bendor en démontrant une vitesse de passage en courbe impressionnante et en utilisant à son avantage les deux motos #44 et #19 également présentes dans la courbe. Dans le dernier tour, Glöckner n’arrive pas à remonter sur Gimbert et le pilote local passe sous le drapeau à damiers le premier. Il décroche la troisième place de la course mais sort surtout en vainqueur de cette bataille mythique.
Lucy Glöckner est félicitée pour sa belle performance par Sébastien Gimbert au micro depuis le podium, et se retrouve amplement applaudie par le public : ce n’est pas tous les jours que l’on voit une femme se battre dans un groupe de tête sur circuit et Glöckner a bien failli être la première femme sur le podium du Bol d’Or.

Pendant que la pilote allemande offre la quatrième place à son équipe au Bol d’Or, une autre performance de la gente féminine se fait remarquer : la seule équipe composée exclusivement de pilotes féminins réussit le pari de terminer ce Bol d’Or et se hisse même à une très belle 19ème place. Il s’agit de la Yamaha R1 #19 du Girls Racing Team, composé de Muriel Simorre, Amandine Creusot et Jolanda van Westrenen. Et ce n’est pas fini ! A quelques centaines de kilomètres du circuit Paul Ricard le même jour, la jeune pilote espagnole Ana Carrasco, âgée de seulement vingt ans, décroche une victoire historique à Portimão (Portugal) en Supersport Mondial 300, devenant la première femme à s’imposer dans une course de vitesse moto au niveau mondial. Bref, les femmes se sont fait entendre en ce 17 septembre 2017, une journée entrée à tout jamais dans l’histoire de la moto !


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