L’Endurance possède une place en or en France : notre pays peut être considéré comme celui possédant la plus forte culture pour la discipline. Cette relation d’affection très spéciale s’explique par quatre aspects.
Les équipes françaises et les pilotes français sont performants
L’Endurance en bleu-blanc-rouge représente une marque de performance : les meilleures équipes présentes dans la discipline sont françaises. Le Championnat du Monde d’Endurance a été créé en 1960 mais c’est à partir de 2001 que l’attribution du titre se fait par équipe et non plus par pilote. Sur les 17 saisons disputées depuis, 13 titres ont été remportés par des équipes françaises, avec un total de 10 titres pour le Suzuki Endurance Racing Team (SERT) et de 3 pour le Yamaha GMT94. Le SERT est d’ailleurs l’équipe la plus titrée au monde en Endurance. Pour voir une équipe non-tricolore sacrée en mondial d’Endurance, il faut remonter à près de dix ans en arrière avec le titre de l’équipe autrichienne Yamaha Austria Racing Team (YART) en 2009.

En plus des équipes, il s’avère que les pilotes phares de l’Endurance sont également français pour la plupart : parmi les champions de notre époque, on peut par exemple citer Etienne Masson, le regretté Anthony Delhalle, les frères Freddy et Kenny Foray, et bien sûr le chef de file Vincent Philippe. Le pilote franc-comtois, qui fêtera ses 40 ans en 2018, est le plus capé : il comptabilise 10 titres de champion du monde d’Endurance, tous avec Suzuki. A l’image de Valentino Rossi en MotoGP, Vincent Philippe défie les records de longévité : il incarne une légende vivante et toujours en piste dans sa discipline.
Les épreuves en France favorisent l’accessibilité et la proximité avec le public
Le Bol d’Or semble mettre un point d’honneur à rendre l’Endurance accessible au public et à favoriser la proximité entre les spectateurs passionnés et l’ambiance de compétition. Détail sympa : tous les billets permettent d’accéder à la terrasse située au dessus de la ligne droite des stands, où l’on se sent presque comme un membre privilégié, et également à la zone du paddock, où la vue des camions des équipes et des fournisseurs de pneus nous donne la sensation de passer un peu de l’autre côté du rideau.
Une visite de la voie des stands est organisée le vendredi, avec la particularité d’être ouverte à tous les possesseurs de billet et de durer deux heures entières. On salue l’initiative de l’organisation. Une deuxième visite des stands plus « VIP » est organisée le samedi en début d’après-midi, pendant 50 minutes, et ce juste avant la procédure de départ du Bol d’Or. Cette population VIP représente en réalité plusieurs centaines de personnes puisqu’il s’agit de tous les possesseurs d’un billet avec accès à l’aire de camping du Lac, l’une des trois catégories de billets classiques, en sachant que les différences entre les catégories de billets se jouent à quelques euros. Sans avoir besoin de dépenser plusieurs centaines d’euros pour avoir accès à un vrai traitement VIP (pass loge, terrasse privée, repas, boissons, etc), un billet classique au Bol d’Or permet donc de vivre une belle expérience et de comprendre ce que peut représenter le Bol d’Or au-delà des pilotes qui liment leurs sliders sur la piste. On est loin des packs ou suppléments VIP onéreux desquels on doit s’acquitter en WorldSBK ou MotoGP si l’on désire accéder au paddock et à la voie des stands.

Lors de la visite de la voie des stands justement, les pilotes sont majoritairement disponibles et présents : pendant deux heures, ils ont le sourire, signent les posters à leur effigie, acceptent de prendre des photos et surtout des selfies. Dans la quête du souvenir, on remarque pas mal de vrais fans et on ressent l’émotion sur les visages. Ça fait plaisir de voir qu’il n’y a pas que le monde des Grand Prix et les beaux sourires de Marc Marquez ou Valentino Rossi qui génèrent ce genre de réactions. Quand il s’agit des grandes équipes de l’Endurance, quelques membres du public lâchent un cri de joie après avoir obtenu un poster signé par les pilotes. Concernant les petits teams, c’est une autre histoire : les spectateurs prennent en photo les mannequins et les hôtesses présentes sur les motos (laissant parfois traîner au passage quelques rires gras et remarques macho…) mais ils discutent très peu ou pas du tout avec les pilotes, peu médiatisés et peu connus.
Sur les événements en France, les marques de moto s’engagent pour renforcer le lien entre la compétition et le public
Dans le village du Bol d’Or, le ton est donné : plusieurs constructeurs, chacun à leur manière sur leur stand, font des efforts pour faire le lien entre la moto qui se pratique sur route que et les motos de compétition que l’on voit sur la piste, le tout au grand plaisir du public.
BMW expose une moto de course, et pas des moindres : la belle S 1000 RR de Kenny Foray, sacré champion de France Superbike au Circuit Carole deux semaines plus tôt avec l’équipe Tecmas. Thomas Ory, de l’équipe événementielle de BMW Motorrad France, m’explique le lien étroit qui existe entre BMW et Tecmas : « On travaille en très proche collaboration avec Tecmas Racing team, qui est du coup notre team officiel. Ils sont engagés sur le Bol d’Or et en Championnat du Monde d’Endurance, mais également en Championnat de France Superbike. […] Sur notre stand, on a exposé la S 1000 RR qui a remporté le Championnat de France Superbike avec Kenny Foray. […] On est très content pour Tecmas, ils ont fait un super boulot et cette victoire en FSBK est vraiment une juste récompense par rapport aux efforts qu’ils ont fourni toute l’année. Ça ne concerne pas seulement les pilotes évidemment, mais aussi tous les mécanos qui se donnent à fond toute l’année. En résumé, on essaye d’associer nos motos de course et nos motos stock pour montrer qu’il y a un vrai ADN sportif dans le caractère de BMW Motorrad, et je pense que c’est ce que ce public recherche ici aussi. »


BMW va plus loin dans sa recherche de lien étroit entre le public et la compétition avec la création de coffrets-expériences bien sympathiques, une initiative détaillée par Thomas Ory : « On propose à nos clients une Box Experience qui leur permet de passer un week-end au cœur de l’événement. Il y a notamment une relation très privilégiée qui est établie avec le team Tecmas : les clients ont la possibilité de rencontrer les pilotes, de voir le team manager, ils ont une loge située juste au-dessus du paddock du team pour voir les ravitaillements de très près. »
BMW propose également de se prendre en photo au guidon de la S 1000 RR de série pour tenter de gagner un casque BMW Race Replica, aux couleurs du pilote allemand et officiel BMW Markus Reiterberger. Pour l’anecdote, je rappelle que c’est « Reiti » qui détient le record du circuit Paul Ricard.
Enfin, la firme bavaroise a offert une belle surprise au public en amenant au Bol d’Or une moto sportive plutôt exclusive. Les fans de belles machines ont eu le plaisir de l’apercevoir sur le circuit, dans la ligne droite des stands. Est- ce que vous avez deviné ? Thomas Ory donne la réponse : « On est venu ici pour faire la promotion de la gamme sportive BMW Motorrad. On a donc amené le fleuron de notre gamme sportive, la HP4 Race, qu’on présente à partir de cette année. C’était important pour nous de venir la montrer ici pour faire en quelque sorte un reveal. On en a notamment fait tourner une sur la piste deux heures avant le départ. C’était la première fois qu’il y avait une HP4 Race qui tournait sur une piste en France ! La dimension symbolique de l’événement nous a semblé importante pour présenter ce véhicule-là. »

Chez Yamaha, on expose trois motos plutôt exceptionnelles : une R1 Replica aux couleurs du pilote de MotoGP Jonas Folger, la R7 qui a remporté le Bol d’Or en 2000 et enfin la M1 de Valentino Rossi, la vraie ! Bizarrement, presque caché au fond du camion Yamaha servant à vendre les accessoires et vêtements, le prototype de MotoGP attire l’œil des curieux et des connaisseurs, beaucoup se demandant s’il s’agit ici de la véritable moto du pilote italien ou d’une réplique pour les besoins de l’exposition. Cette M1 comporte même une plaque d’identification, alors si c’est une réplique, bravo pour l’illusion ! Après confirmation avec Yamaha, j’ai eu le plaisir d’apprendre qu’il s’agit bien du vrai modèle ! Yamaha m’explique que ce modèle 2016 de la monture du Docteur a été apporté par Yamaha France et prêté par Yamaha Japon : ça ne rigole pas !


Je me suis entretenu avec Mathias Greguet, Coordinateur Marketing chez Yamaha France. Lors de notre échange, il m’explique comment la marque cherche à faire le lien entre les motos de compétition et les motos de série sur son stand : « Le Bol d’Or est l’occasion particulière pour Yamaha de représenter toutes les évolutions de la marque sur le plan sportif, ce qui n’est pas le cas sur toutes les épreuves. De plus, l’Endurance représente la fiabilité des motos et des moteurs. C’est pour nous l’occasion ultime de prouver que les moteurs peuvent être performants sur une longue distance. Le public nous demande souvent les caractéristiques moteur des motos officielles, les différences qu’il peut y avoir entre les différentes catégories et avec les motos de série. On a énormément de questions là-dessus. Il y a une grosse identification des clients, c’est un vrai avantage. Le GMT est leader actuellement (l’interview a été réalisée pendant la course), donc pour nous c’est canon, et on en profite derrière : on le ressent tout de suite sur le stand. Il y a un engouement commercialement parlant, c’est bien. La R7 qu’on a choisi de mettre en avant, elle est ici parce qu’elle a gagné le Bol d’Or en 2000 : on essaye de proposer à nos clients des choses plutôt originales sans forcément remettre une gamme classique. »
Sur le stand Suzuki dans le village, on joue plutôt au jeu des sept différences. Le modèle 2017 de la Suzuki GSX-R 1000 est exposé et un modèle SERT Replica permet de se prendre en photo et de voir la forte ressemblance entre les deux motos. Antoine Arcaro du Département Marketing et Communication de Suzuki France revient sur ce détail : « La déco de la moto du SERT est très proche de la moto de série. Au fond du stand, la moto penchée est une réplique exacte du SERT. Si tu la compares avec celle-là (il me montre la GSX-R de série, présentée au milieu du stand), il y a très peu de différences. C’est à dire qu’on a juste à coller une plaque de course, et on a une Replica SERT. Donc pour le client, c’est très facile de se dire qu’il a la même moto : les carénages sont identiques, le phare reprend la forme du phare d’origine, c’est facile de s’imaginer. Effectivement, on n’a pas les mêmes performances, mais la moto est très ressemblante. Même pour nous en termes de communication, c’est plus facile. C’est aussi ce qui ressort de ce que nous ont dit les clients dans le week-end. » En écoutant Antoine, je me rends compte que la firme d’Hamamatsu se positionne clairement dans un rôle de lien entre les deux mondes : « On essaye d’être le plus proche possible de nos équipes et de nos clients. Le but, c’est qu’on soit le lien entre les clients et les équipes, pour les faire se rencontrer. »

Chez Triumph, au milieu d’un stand bien rempli de modèles venus de tous horizons dans la gamme du constructeur anglais, le pilote de rallye moto Julien Toniutti est présent pour échanger en toute simplicité avec les fans autour de sa Triumph Street Triple 765 RS. Ça tombe bien car j’adore ce pilote ! C’est l’occasion de discuter avec lui. On parle notamment de ses expériences au Tourist Trophy et en rallye routier, et les grosses différences entre ces deux types d’épreuve sur route. En parlant de rallye, sa moto exposée est justement celle avec laquelle il a remporté, une semaine avant le Bol d’Or, le 1er Rallye des Coteaux en terre ardéchoise, formant la finale du Championnat de France des Rallyes Routiers 2017. Pour un lien plus évident avec le week-end au Paul Ricard, on pouvait également retrouver Julien en piste au Bol, puisqu’il a participé au Bol d’Argent avec la Triumph du Central Team, s’adjugeant la 18ème place du classement général et la 4ème place de la catégorie 600cm3.

C’est justement sur le Bol d’Argent que la marque Triumph a misé, comme me l’explique Eric Pecoraro, le Directeur Marketing et Communication de Triumph France : « Le Bol d’Or, c’est particulier pour nous, car on n’a pas de motos qui roulent dans la course du Bol d’Or. On est sur une population motarde qui nous connaît moins et qui connaît moins nos motos. Donc c’est important pour nous d’être là. Par contre, on a tout misé sur le Bol d’Argent, où on a le roadster le plus performant du marché. […] Et d’ailleurs, on a gagné, en 800cm3 et en 600cm3 ! »

Le territoire français héberge deux circuits symboliques de l’Endurance
Les seuls circuits du Championnat du Monde d’Endurance où s’organisent des courses de 24 heures sont le circuit Bugatti au Mans pour les 24 Heures Motos et le circuit Paul Ricard au Castellet pour le Bol d’Or. Les deux épreuves maîtresses de l’Endurance se déroulent donc sur le territoire français, sur des circuits prestigieux et on ne peut plus chargés d’histoire !
Le circuit Paul Ricard est un élément clé de la réussite de l’Endurance en France : j’ai presque l’impression que ce tracé du Sud de la France et la course du Bol d’Or étaient faits l’un pour l’autre. Le Bol d’Or est passé par plusieurs circuits (notamment Nevers Magny-Cours de 2000 à 2014) mais le circuit Paul Ricard semble être le plus iconique dans le cœur du public et le plus représentatif du Bol d’Or d’après mes discussions avec les visiteurs dans le village Entre les novices qui sont impressionnés par la taille du circuit ou les connaisseurs qui apprécient le tracé rapide, le public aime le Paul Ricard ! Parmi les personnes interrogées dans la foule, j’ai récolté quelques idées intéressantes et des ressentis qui font sourire :
• « Le circuit Paul Ricard, je trouve que c’est le plus joli, notamment grâce aux bacs à graviers remplacés par des bandes. Si on enlève le noir de la piste et qu’on la peint en blanc, ça ferait bleu-blanc-rouge, ça serait sympa ! » – Philippe, 23 ans, vient du département du Rhône, roule en Kawasaki ER-6N.
• « Le circuit Paul Ricard, il est magnifique ! On a pu faire un tour hier avec nos bécanes dans la Parade Triumph. Immense quoi ! C’est fou un terrain aussi grand, aussi immense ! Il y a de la place ! Le premier truc qui te choque, c’est ça : c’est une autoroute ! » – Damien, 30 ans, vient du département de la Loire, roule en Triumph Street Triple.

D’après les constructeurs présents au Bol d’Or, le circuit Paul Ricard se démarque également par ses visiteurs en plus de son tracé et de sa signature visuelle : ce circuit prestigieux situé dans une belle région attire un public de qualité, c’est à dire à la fois sympathique et connaisseur de moto. Thomas Ory de BMW Motorrad France m’exprime son ressenti sur ce point : « On sent vraiment que c’est une région de moto, il y a un public très qualitatif et pas seulement sur les sportives, comme on peut le voir au Mans par exemple, où on a un public beaucoup plus axé sportives. Là on a aussi des gens qui roulent avec des motos de type touring ou trail et on sent vraiment un public très connaisseur et très qualititatif. » Du côté de chez Suzuki France, Antoine Arcaro se réjouit de l’opportunité d’un nouveau public : « Le Castellet c’est sympathique car ce sont des clients qui sont dans le Sud : ce sont des clients qui ne montent pas systématiquement au Salon de Paris ou au Mans pour les 24 heures du Mans ou le MotoGP. Donc ça nous permet vraiment de voir des clients différents et c’est très bien de rencontrer des gens différents dans un cadre différent. ». Enfin, chez Yamaha France, on aime la curiosité de ce public, comme me l’explique Mathias Greguet : « On a un public assez incroyable tous les ans, même si on peut noter une petite baisse de fréquentation par rapport aux trois dernières années, ce qui est un peu regrettable. Par contre, on a toujours autant de passionnés, énormément de demandes et questions, que ce soit sur la gamme complète ou bien sur les sportives, et également les modèles que l’on amène. »
Série Bol d’Or 2017, conclusion : comme des enfants
En quoi le Bol d’Or est-il un événement unique et une figure magique de l’Endurance ? Qu’est-ce qui explique que la discipline tourne à plein régime dans le coeur des français ? Ce sont les deux questions que j’ai creusées dans cette série de 3 (longs) articles. Une série qui s’achève ici.

Finalement, ce Bol d’Or 2017, c’était des dizaines de pilotes sur la piste, des centaines de personnes impliquées dans les équipes et l’organisation, le tout au milieu de milliers de spectateurs passionnés de moto et de course. Dans cette grande fête de l’Endurance, nous avons tous vibrés à notre manière. Chacun s’est rendu ici pour y chercher quelque chose de différent mais on est tous repartis avec les mêmes étoiles dans les yeux, comme des gosses venus vivre un rêve éveillé pendant trois jours. Elle est peut-être là la plus belle magie de l’Endurance.


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