Sur le papier, Magny-Cours est un circuit mythique du Championnat du Monde Superbike : le champion a été couronné sept fois sur le circuit nivernais, plus que sur n’importe quel autre circuit du calendrier. Pourtant, en direct de Magny-Cours pour la manche française il y a une semaine, j’ai fait un constat amer : le Mondial Superbike est en perte de vitesse sur le territoire français. Mais que se passe-t-il dans la Nièvre ?
Dans les allées du circuit et sur internet, on parle d’un championnat ayant perdu une grande partie de son suspense en raison de la domination de Kawasaki et Ducati ces dernières années. Des règles à revoir pour homogénéiser le niveau sont également évoquées : la mise en place (controversée) des grilles inversées pour les deuxièmes manches a été une mesure phare des modifications du règlement de la saison 2017 mais cela n’a pas changé grand chose.
Quelles que soient les raisons mises en avant ou les recherches engagées pour résoudre le problème, une certitude demeurait sur le circuit français : les tribunes donnaient l’impression d’être plutôt vides. Le phénomène était d’autant plus prononcé quand on sait que le circuit de Magny-Cours dispose de la plus grande capacité d’accueil disponible en France avec environ 139 000 spectateurs.

Pour cette épreuve française, le WorldSBK a rassemblé environ 61 500 spectateurs pendant son week-end de course en 2015, 56 000 spectateurs en 2016, et environ 48 000 cette année : il y a donc bien baisse constante de fréquentation sur les dernières années. A titre de comparaison, les autres grandes courses internationales ayant eu lieu en France en cette année ont attiré un public bien plus conséquent : dans l’ordre chronologique, 74 500 spectateurs aux 24 Heures Motos en avril, un très impressionnant total de 204 000 spectateurs au MotoGP de France en mai (la deuxième plus grande affluence de la saison 2017 après la finale à Valence) et enfin 68 000 spectateurs au Bol d’Or en septembre, il y a quelques semaines.
Magny-Cours, me voici !
Le circuit de Magny-Cours possède une belle infrastructure : avec un village d’exposants situé au milieu du circuit et de nombreuses tribunes également à l’intérieur du circuit, je me suis senti au cœur de l’action. Par contre, pour de l’action dans les tribunes, le samedi n’est pas le meilleur jour, il faudra repasser le lendemain. En cette journée où il n’y a qu’une course, certaines tribunes du circuit sont décimées. Les plus pleines, celle de l’épingle d’Adelaïde et de la ligne droite des stands, sont remplies à un tiers environ. C’est en cette journée que j’assiste à une course dominée par Jonathan Rea du début à la fin sur piste humide. Si le suspense n’est pas à son comble, la performance sportive est remarquable et je la salue haut et fort : grâce à cette course, le nord-irlandais décroche son troisième titre d’affilée de Champion du Monde !



Crise au village
Par manque de courses, je profite en grande partie de la journée du samedi pour explorer le paddock et le village : j’adore discuter, alors c’est ce que je fais avec les exposants ! Certains me confirment que, pour eux aussi, le WorldSBK est le plus petit événement parmi les quatre compétitions internationales majeures sur le sol français (évoquées en introduction) en termes de chiffre d’affaires. C’est donc celui pour lequel ils investissent le moins.
Ces exposants se rendent d’ailleurs compte que même ce public passionné de moto ne connaît pas vraiment les pilotes du Championnat du Monde Superbike. Doit-on jeter la pierre aux organisateurs du WorldSBK et à une mauvaise communication autour de ce championnat ? Dans le village, à part la marchandise des équipes Kawasaki et Ducati engagées en Superbike, une grande partie des produits dérivés concernent le MotoGP, notamment sous les couleurs de Valentino Rossi et Marc Marquez. Petite erreur de casting…
Au-delà de ça, le village rencontre un autre problème. Il souffre d’une mauvaise réputation : sont pointés du doigt des spectateurs un peu trop imbibés d’alcool et pas toujours honnêtes. Sans être certain du lien de causalité, on est tout de même arrivé à un point où les marques de moto ne sont plus présentes dans le village : Yamaha est le seul constructeur qui ait répondu à l’appel pour cette édition 2017 avec un stand limité. L’équipe sur place me parle d’une mauvaise fréquentation le soir venu : au moment où le stand ferme pour la nuit, on me montre les agents de sécurité qui vont prendre le relais et veiller sur le lieu jusqu’au matin.

Chez Clinton Enterprises, la grande marque anglaise de vêtements racing, on est obligé d’installer des grandes barrières lorsque le stand est ouvert en journée pour créer une entrée restreinte et améliorer la surveillance. Le personnel me confesse que Clinton est présent sur de nombreux Grand Prix en Europe mais que ces barrières ne sont installées qu’en France et que le stand a déjà été victime de très nombreux vols depuis le début du week-end.
Enfin, un peu plus loin dans le village, Thierry, vendeur indépendant d’équipements et produits dérivés, partage sa colère avec moi : on lui a également volé un T-shirt sur l’étalage dans la journée. Il me montre ensuite les différents antivols qu’il est contraint d’installer sur ses articles, notamment les casques. Il en profite pour me raconter quelques mésaventures et situations de vol, parfois rocambolesques, qu’il a connues à travers ses années de présence dans le village de Magny-Cours. Un petit goût d’amertume se fait ressentir et j’hésite à dire « bon week-end » ou « bon courage » au moment de quitter Thierry.
L’heure a sonné : rendez-vous sur la piste
Le lendemain, je me réveille dans le froid de la Bourgogne mais avec le sourire aux lèvres. C’est en ce dimanche presque saint que le week-end au Superbike prend tout son sens : les courses, enfin ! Après les échauffements dans la matinée, c’est un menu complet qui m’attend avec la course Supersport 600 en entrée, suivie de la course 2 Superbike en plat de résistance, la course Supersport 300 en dessert et enfin la course Superstock 1000 en digestif pour bien clôturer la fête !

J’ai souvent vibré pendant cette journée. Pendant la très belle course en Supersport300, je retiens mon souffle : les jeunes pilotes évoluent souvent en groupe jusqu’aux derniers tours dans cette catégorie et c’est le cas aujourd’hui aussi ! Dans le peloton de tête, neuf pilotes se tiennent aux avant-postes jusqu’au bout, et c’est finalement Marc Garcia qui marque un petit avantage seulement dans les dernières boucles our s’emparer de la victoire. En Superbike, pour la Course 2, je témoigne de la victoire bien méritée de Chaz Davies mais je retiens surtout la belle bataille entre les deux pilotes officiels Yamaha pour les deux autres places du podium, avec au final Alex Lowes en 2e position et Michael van der Mark à la 3e place. Finalement, à côté de ces courses, les plus beaux moments du dimanche ont eu lieu pour moi pendant les épreuves Superstock1000 et Supersport…


Je sais que la course Superstock1000 va être une course à enjeux et je suis présent sur la grille : je veux être le plus près possible pour ressentir la tension juste avant le départ. Deux français se sont bien placés en qualifications et ont les moyens de remporter cette course à domicile. 4e sur la grille, Florian Marino est en lice pour le championnat. A la 5e place sur la grille, on retrouve Jérémy Guarnoni. Le pilote toulousain apprécie Magny-Cours et y démontre beaucoup de réussite : sur ses quatre victoires en Superstock1000, trois ont eu lieu ici !
Pendant les derniers instants sur cette grille, les deux pilotes tricolores se préparent chacun à leur manière : Florian Marino (#21) se concentre dans le calme et Jérémy Guarnoni (#11) opte pour un changement de visière de dernière minute, aidé par son grand ami Loris Baz, le pilote de MotoGP.


Une fois les pilotes lancés, Florian Marino réussit à s’emparer de la tête et la conserve pendant la majorité de la course. Mais derrière, Jérémy Guarnoni a d’autres idées en tête. Placé en 4e position pendant le premiers tiers de la course à observer les trois hommes de tête, Guarnoni passe à la 3e place à 9 tours de l’arrivée puis en 2e position à 3 tours de l’arrivée ! Avec un choix de trajectoires défensives, Marino fait un super boulot pour maintenir la tête jusqu’au dernier tour. Cependant, Guarnoni démontre un rythme supérieur et passe le pilote Yamaha dans le dernier tour pour s’adjuger la victoire, sa 4e à Magny-Cours !

En ce dimanche de course, la pépite en or s’est révélée entre 11h30 et 12h, pendant la course Supersport. Le leader du championnat, Kenan Sofuoglu, est absent suite à sa grosse chute en qualifications hier. Son poursuivant au classement est le français Lucas Mahias. Il sait qu’il a un gros coup à jouer à Magny- Cours, même s’il a eu de la malchance en qualifications : sa Yamaha R6 a eu un problème technique, et il a dû avorter sa session, se retrouvant au 12e et dernier temps de son groupe de Superpole 2. Au départ de la course, coup de théâtre : Mahias part au contact avec la moto qui le précède pendant le premier tour et se retrouve alors en 19e position ! Malgré le rythme imposé par les hommes de tête, Lucas Mahias se lance dans une demi-heure épique et une remontée incroyable : pendant le reste de la course, il revient sur ses concurrents et dépasse pas moins de 15 pilotes devant lui ! Depuis les tribunes, je n’en revenais pas ! Coup de poker pour le français : Mahias se place au pied du podium de cette course mais reprend la tête du championnat du monde !

Joyeux anniversaire !
Au moment de quitter Magny-Cours, je prends un peu de recul et une question se pose : que reste-t- il de nos amours…et surtout de notre Championnat du Monde Superbike ? En tant que passionné de compétition moto, je repars forcément avec plein de belles images des courses dans la tête. Mais ma position d’observateur m’amène à quitter le circuit avec un enthousiasme plus mitigé car entaché d’un sentiment de frustration.
Je suis frustré d’avoir trouvé les belles batailles en piste dans les catégories en dehors du Superbike, alors même que cette catégorie Superbike est censée être le fer de lance et porte- drapeau du Championnat. Aucun doute sur le fait que la catégorie reine va devoir continuer à adapter son fonctionnement et son règlement pour trouver une formule qui ramène le suspense au cœur de chaque course, comme l’a fait le MotoGP ces dernières années. En dehors de la piste, je suis frustré de l’image véhiculée par le public : avec des spectateurs qui volent dans le village et s’enivrent sérieusement dans le camping, je suis peut-être ringard et chiant, mais je me dis qu’une compétition internationale mérite peut-être plus de finesse. Même si cela ne concerne qu’une partie du public, c’est une image qui colle à la peau et qui dessert le monde de la compétition moto.
Qu’on se le dise : malgré mes frustrations, mon amour pour le Superbike reste énorme. Il s’agit d’un championnat avec des bases solides, c’est-à-dire des pilotes talentueux et un beau calendrier. C’est un championnat à qui je souhaite le plus beau des renouvellements pour son futur anniversaire. L’année prochaine, le Superbike va fêter ses 30 ans et je ne connais personne qui ne soit pas ressorti plus fort de la fameuse crise de la trentaine.


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