Un stage de pilotage de la Race Experience School vu de l’intérieur

« J’aimerais aller sur circuit avec ma moto, mais est-ce que j’y ai vraiment ma place ? Un stage de pilotage, ça consiste en quoi ? Qu’est-ce que je peux apprendre dans un stage de pilotage par rapport à une journée de roulage ? » J’ai effectué un stage de pilotage et je vous partage mon expérience…

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« J’aimerais aller sur circuit avec ma moto, mais est-ce que j’y ai vraiment ma place ? Un stage de pilotage, ça consiste en quoi ? Qu’est-ce que je peux apprendre dans un stage de pilotage par rapport à une journée de roulage ? » C’est le genre d’interrogations que j’entends souvent quand je discute avec d’autres motards. J’ai effectué un stage de pilotage et je vous partage mon expérience en détail pour vous permettre d’y voir plus clair sur ces questions (presque) existentielles !

La moto, plus on en fait, plus on a envie d’en faire. C’est comme l’escalade ou le parapente si j’en crois certains de mes amis. Ça fait 15 ans que je roule à moto sur la route mais je ne suis allé sur circuit que deux fois, pour des journées de roulage. Lors de la deuxième, je me suis retrouvé avec la piste pour moi tout seul, mais ça ne garantit pas qu’on s’améliore ! Je trouvais donc intéressant de m’inscrire à un stage : avec des entraîneurs diplômés et ayant l’expérience de la moto en compétition, j’aurais l’occasion d‘intégrer des bases saines de pilotage et corriger mes erreurs potentielles. C’est parti, la date était posée : mon premier stage de pilotage moto a eu lieu le lundi 30 avril 2018. Ça s’est déroule au Circuit du Var, avec la Race Experience School, l’école de pilotage co-fondée par Sébastien Gimbert, pilote et champion au palmarès long comme la ligne droite du Mistral (ça parlera aux connaisseurs).

Qui est chaud pour un cours particulier de moto ? 

Pendant le stage, les participants sont divisés en trois groupes, avec un entraîneur dédié par groupe : débutants, moyens et confirmés. Je reviendrai sur ce point plus tard. Ce qui m’a le plus marqué durant cette journée, c’est la rigueur de la méthode de travail développée par la Race Experience School et le fait qu’une limite est fixée à 10 élèves par groupe (nous étions 7 élèves dans mon groupe) : ces deux éléments combinés transforment le stage en un cours particulier de pilotage moto. C’est bon ça !

La matinée se déroule entièrement sur la piste et est organisée en 3 ateliers de 1 heure chacun : on étudie un type de virage spécifique par atelier. Tous les virages ne se ressemblent pas et le Circuit du Var possède une belle variété de courbes. Pour chaque atelier, grâce à nos multiples passages un par un dans le virage, on bénéficie des conseils personnalisés de notre entraîneur, Thibaut Gourin, ce qui aide beaucoup à s’améliorer en temps réel.

L’un des ateliers du matin avec étude d’un type de virage. (Crédits : GhostPhoto)

L’après-midi, on alterne entre présence sur la piste et séances théoriques. Chaque groupe effectue 4 sessions de roulage coaché de 20 minutes chacune, sessions au cours desquelles l’entraîneur suit les élèves et les observe. A la fin de chaque session au guidon des motos, une séance de 20 minutes en salle de briefing permet à l’entraîneur de donner ses retours à chaque élève sur :
– ce qu’il a noté en piste ;
– les améliorations à mettre en place ;
– les aspects de pilotage sur lesquels se concentrer à la prochaine session en piste.
J’ai aimé ce principe-là car il m’a permis de savoir sur quoi travailler dans chaque session !

Ces séances en salle sont également l’occasion d’aborder des éléments de théorie du pilotage pour renforcer la compréhension de ce qu’il se passe sur la piste. Elles sont enfin un lieu d’échange puisque les élèves peuvent donner leur ressenti et poser leurs questions : les discussions ne s’arrêtaient plus ! Pour ceux qui me connaissent, je pose tout le temps beaucoup de questions. Cette fois-ci, c’est un peu comme si on m’avait multiplié par 7 !
Dans ces séances, j’ai vraiment ressenti l’enthousiasme, la volonté d’apprendre et l’envie de comprendre de la part des participants.

Roulage coaché pendant l’après-midi : je roule pendant que l’entraîneur me suit et m’observe. (Crédits : GhostPhoto)
Crédits : GhostPhoto

Comme je l’évoquais brièvement plus haut, le format d’apprentissage limite volontairement le nombre d’élèves à 10 personnes maximum par atelier le matin et également l’après-midi lors des sessions de roulage coaché et séances théoriques. C’est vraiment top : l’entraîneur peut ainsi observer dans le détail chaque élève et délivrer des retours et conseils au cas par cas. Ça m’a amené beaucoup de confort : il y a beaucoup de place en piste pour rouler en toute sérénité et j’ai eu le temps de poser des questions et d’obtenir des réponses lorsque je ne roulais pas. Au travers de la journée, j’ai vraiment eu le sentiment d’être observé, conseillé et accompagné individuellement.

Séances théoriques en salle de briefing pendant l’après-midi en complément des sessions sur piste.

Open bar : un stage ouvert à tous

Parmi les trois groupes de participants répartis selon les niveaux, j’étais inscrit dans le groupe intermédiaire, les moyens. J’ai pas mal échangé avec les autres élèves au cours de la journée, à la fois ceux de mon groupe et des deux autres groupes : je me suis rendu compte de la belle diversité des participants ! En fait, c’est open bar : le stage est ouvert à tous les types de profils. J’ai vu du motard novice qui met les roues pour la première fois sur circuit pour apprendre à connaître sa moto de route. J’ai aussi croisé du pistard aguerri et chasseur de chrono qui aime faire frotter le genou dans tous les sens et qui est venu gagner quelques dixièmes de seconde sur son temps au tour avec sa moto préparée ! Le contenu du stage s’adapte : chaque participant vient avec ses propres envies, problématiques ou objectifs et les entraîneurs proposent des solutions individuelles adaptées lors des différents ateliers.

Wheeling dans la ligne droite pour l’un des stagiaires du groupe des confirmés ! (Crédits : GhostPhoto)
Chez les confirmés, certains sont chauds : Yamaha R1 Replica WorldSBK et avec le numéro 94, un clin d’oeil au GMT ! (Crédits : GhostPhoto)

Pour ceux qui me connaissent, je vous l’ai déjà dit, je pose tout le temps beaucoup de questions. Du coup, je suis allé interroger quelques stagiaires au cours de la journée ! Dans le groupe des débutants, j’ai repéré Hervé et il faut dire qu’il se fait remarquer : il est venu depuis Nîmes avec son trail, une Honda Africa Twin ! Hervé roule depuis environ 30 ans sur route mais effectue ici sa première journée de stage et expérimente en fait la piste pour la toute première fois de sa vie. Il m’explique ses motivations : « Je suis venu pour apprendre et surtout voir où j’en suis : après toutes ces années de conduite, je veux voir ce que je sais faire avec une moto. » Grâce à cette journée de stage, Hervé a acquis de nouvelles bases qu’il compte mettre en application sur la route : « Utiliser plus son corps pour faire tourner la moto. Avant, j’utilisais beaucoup le contre-braquage. Être plus à l’aise sur la moto, être moins crispé, bien bouger. » Avec le sourire, Hervé prouve que ce stage n’est pas réservé qu’aux mecs en sportive ou roadster : « Au départ, tu te demandes si tu as ta place, surtout avec un gros trail. Finalement, au fil de la journée, tu te régales et tu te prends au jeu…et peut-être même un peu trop ! Il faut calmer les ardeurs ! »

Hervé et sa Honda CRF1000L Africa Twin (Crédits : GhostPhoto et Nicolas Bassand)

Dans le groupe des moyens, c’est-à-dire mon groupe, j’ai discuté avec Axel : en provenance de Brignoles, ville voisine du circuit, il effectue son premier stage de pilotage et pose ses roues pour la deuxième fois sur circuit, après avoir fait une journée de roulage libre un mois plus tôt. Axel m’explique pourquoi il s’est inscrit à cette formation : « Au fur et à mesure que je roule sur route, je me dis que c’est dangereux par rapport aux autres utilisateurs. On n’est pas à l’abri d’une voiture qui se déporte, de quelqu’un qui est sur son téléphone, etc. Je commence donc à me mettre un petit peu à la piste et j’y prends du plaisir. » En évoquant la question des mauvaises habitudes, Axel me raconte ce qu’il a appris à travers sa journée de stage : « On apprend vraiment virage par virage et on se rend compte qu’on a des mauvaises habitudes. Le fait qu’on ne soit pas dans le groupe des confirmés, ça nous permet de ne pas désapprendre pour réapprendre. On apprend directement, donc c’est peut-être un gain de temps par rapport à des pilotes, qui eux, doivent enlever leurs mauvaises habitudes. […] Je me rends compte, grâce aux ateliers, que j’ai des points à vraiment travailler. Ce matin, je me disais que ça avait l’air pas mal, mais il y a en fait pas mal de points sur lesquels progresser, comme le freinage ou la position : bien serrer la moto, regarder loin, se décaler. »

Axel et sa Triumph Street Triple.

Toujours dans mon groupe intermédiaire, j’ai aussi échangé Maxime. Je l’ai remarqué dès le début de la journée avec son beau Yamaha R1 (comme moi, ou presque, en plus récent) et son casque Biaggi Replica. Venu depuis Saint-Raphaël avec sa moto de route, Maxime effectue avec ce stage sa toute première journée sur circuit. Il me détaille les raisons de sa présence et explique le lien recherché entre le circuit et la route : « Je roule énormément sur route. Je suis venu prendre conscience pour pouvoir faire plus attention et avoir de meilleures habitudes pour rouler. » Avec humour et prise de recul, il évoque la question du niveau : « Là, tu te rends compte que tu n’es pas bon, et moins bon que ce que tu pensais en fait. C’est un retour à la réalité qui est sympathique. Tu viens au stage parce que tu sais, de toute manière, que tu as toujours quelque chose à apprendre. Sinon tu serais avec Marquez sur la piste…ce qui n’est pas le cas, donc c’est qu’il y a bien une raison ! » Maxime fait également le point sur ses révélations : « Je suis surpris de la capacité qu’on peut avoir à freiner, cela a été le plus surprenant. Quand on est au bout de la ligne droite et qu’on se dit qu’il y a 200 mètres pour freiner, que ça freine, qu’on y arrive et qu’on prend même le virage, c’est assez surprenant ! Après, il y a aussi le déhanchement : tu as l’impression que tu es complètement en dehors de la moto, alors que ce n’est pas vraiment le cas. Mais cette sensation de déhanchement, c’est une liberté, vraiment. »

Maxime, sa Yamaha R1 et son casque Biaggi Replica !

Apprendre dans la bonne humeur

Lors de la journée, on a travaillé au sein de mon groupe sur quatre éléments principaux : l’accélération, les trajectoires, le freinage, la position du corps sur la moto. En ce qui me concerne, c’est sur l’accélération et le freinage que les marges de progression sont les plus grandes. Moi qui croyait être un bon freineur…c’est raté ! C’est ça aussi la magie du circuit : une qualité de pilotage sur la route, et qui convient à un pilotage de route, ne se transpose pas automatiquement en qualité sur circuit ! Par contre, j’ai aussi vu ma qualité, confirmée par mon prof Thibaut : ma fluidité et ma propreté.Au fil de la journée, j’ai appris à mieux connaître ma moto et à mieux me connaître moi-même : j’ai pris beaucoup de plaisir à me voir progresser et à voir ma capacité à mieux identifier mes erreurs et mes zones d’amélioration.

Au-delà du plaisir d’avoir acquis des éléments de conduite qui me serviront à la fois sur circuit et sur route, un gros point fort est que cette journée de formation s’est ancrée dans une ambiance très conviviale : le stage s’est déroulé dans une bonne humeur. Elle a été établie à la fois par l’équipe de la Race Experience School, très accessible, et également par les participants.Elle s’est installée dès le briefing du matin et s’est poursuivie tout au long du stage. Plusieurs fois dans la journée, l’entraîneur nous a répété qu’il ne faut pas hésiter à poser des questions et qu’il n’y a aucune question bête. Les élèves – moi y compris – ont vécu ce stage comme « leur » stage en posant de nombreuses questions, partageant leur ressenti et interrogations, ce qui a créé une énergie de travail très stimulante.

Sébastien Gimbert, l’un des entraîneurs de la Race Experience.

J’ai également beaucoup apprécié le fait qu’il n’y a naturellement eu aucun jeu d’ego entre les participants pour savoir qui est le plus fort ou le plus rapide. Normalement, quand on répond présent à un stage de pilotage, c’est qu’on a volontairement laissé son ego à la maison. Et c’est ce qu’il s’est passé au Circuit du Var. En plus, n’oublions pas qu’il existe une certitude chez les motards : il y a toujours quelqu’un de moins rapide et quelqu’un d’autre de plus rapide que soi.

Bilan : j’en veux encore ! 

En résumé, ce stage de pilotage avec la Race Expérience School au Circuit du Var a été une franche réussite. On est tous reparti avec le même sourire aux lèvres.

Une équipe de formation qualifiée, une méthode efficace, une ambiance de travail établie dans la bonne humeur et un environnement adapté avec un circuit sympathique : ces ingrédients forment la recette d’une journée dédiée à l’apprentissage. Le résultat, c’est tout simplement 100% de plaisir.

Ce stage m’a donné envie de revenir très vite sur la piste pour continuer de travailler et de progresser, juste pour une meilleure exploitation de ma moto et de mes capacités. Mon chemin, très modeste, se situe à des années-lumière des champions du MotoGP mais se forge pourtant avec la même passion de base. Alors à bientôt sur la piste ?

 

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Merci beaucoup à Tony Salis, alias GhostPhoto, pour m’avoir fourni une partie des photos de cet article ! Je vous recommande les talents de Tony pour vos projets de photos de moto…ou autres car Tony ne fait pas que ça ! Pour découvrir son univers, c’est par ici

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