Près de la ville de Valence en Espagne, ce 12 novembre 2017 était un dimanche baigné dans la lumière. Sous le soleil de la côte méditerranéenne, l’Histoire du MotoGP a été écrite en lettres d’or.
Ce 12 novembre marquait la finale du Championnat du Monde MotoGP 2017. Après près de quatre décennies de travail passionné, il s’agissait de la dernière course de Nick Harris, le commentateur légendaire. Vous allez me manquer Nick et je vous souhaite une belle retraite ! Sur la chaleur de la piste, ce 12 novembre voyait s’organiser le dernier combat de l’année entre Marc Marquez et Andrea Dovizioso, deux superbes pilotes qui se sont battus corps et âme pendant une saison intense et serrée. En 18 manches de championnat, des projecteurs du Qatar jusqu’aux rayons de soleil de l’Espagne, ces deux gars-là ont donné le meilleur d’eux-mêmes et l’ont fait dans une atmosphère de rivalité mais aussi de respect. Ils ont jeté toutes leurs cartes sur la table pour le frisson du pilotage, la passion de la course et la beauté de la victoire. Inconsciemment, ces deux hommes, et tous les autres pilotes de la grille avec eux, ont passé l’année sur les circuits du monde à offrir un hommage aux Dieux de la Vitesse.
L’horloge tourne
Depuis les caméras de télévision ou les gradins autour du circuit, le MotoGP nous permet de voir deux douzaines de pilotes sur la piste qui orchestrent leurs mouvements du corps à la perfection. Ils forment un groupe très particulier de danseurs : des personnes qui dansent avec leur vie à 300 km/h avec comme seules protections leur cuir et leur talent. On peut aussi entendre le rugissement des motos les plus puissantes de la planète : le genre de sons qui nous ramènent à nos instincts animaux et nous balancent une décharge instantanée d’excitation.
Pour les pilotes plongées dans l’action sur le circuit, les choses se ressentent différemment. Leur hommage aux Dieux de la Vitesse devient un combat continu contre un ennemi : le temps. Le temps, c’est le mal. Pour le battre, les pilotes doivent creuser profondément dans leurs réserves de force et de courage : le MotoGP est l’endroit où chaque millième de seconde compte.
Pendant les séances de qualifications, on trouve en moyenne dix pilotes qui se tiennent en moins d’une seconde sur la feuille des temps, quelle que soit la diversité de leurs styles de pilotage. C’est l’un des mystères magiques de ce sport : certains pilotes sont très propres et donnent l’impression de rouler sur des rails pendant que d’autres sont très agressifs et très souvent en glisse, mais un grand nombre d’entre eux seront tout de même très proches au chrono sur un tour de circuit.

Lorsque sonne l’heure de la course, on rentre dans une autre dimension. A la force d’un pilotage millimétré, chaque fraction de temps gagné ou perdu sur chaque secteur du circuit aura un impact important sur le résultat final : les pilotes brilleront sous le drapeau à damier ou témoigneront de la bataille pour la victoire et le podium de très loin. Une course n’est pas une plaisanterie : c’est un processus exigeant qui s’effectue sur les trajectoires les plus rapides tout au long du circuit.
Couché derrière sa bulle dans les lignes droites, le pilote de MotoGP défie les lois de l’aérodynamique dans le but d’atteindre sa vitesse maximale. Puis un virage approche. Forçant sur ses bras et ses jambes tout en relevant son buste, ils freine très fort et cherche en même temps à garder sa moto stable. Une fois penché dans le virage, avec le genou et souvent le coude qui frottent le bitume, il se concentre à atteindre le point de corde. Il faut ensuite relever la moto le plus vite possible, afin de s’assurer de pouvoir accélérer le plus tôt possible et être en chemin vers le prochain virage. Pendant une course, le pilote de MotoGP fait tout ça, et il le refait encore et encore, pendant environ 120 kilomètres. Au cours de cette danse exigeante, il perdra d’ailleurs en moyenne entre 3 et 4 litres de sueur. Mais au-delà de l’effort, il y a les sensations brutes vécues pendant les 40 minutes de course, et même l’explosion de joie en cas de victoire. Il y a surtout un autre cadeau, obtenu au bout de quelques années et plus difficile à expliquer : une relation symbiotique entre l’homme et la machine.
Au revoir Nick !

Dans leur hommage aux Dieux de la Vitesse, les pilotes de MotoGP s’engagent à 100% et ne voient pas de limite. Cette attitude force le respect que j’ai pour eux et a également permis d’offrir au public tant d’images spectaculaires de Grand Prix au fil des années. Des shots purs d’émotion que je garde précieusement dans mon cœur et que je n’oublierai jamais. En cette saison 2017, le Grand Prix d’Australie était l’un d’eux. Sur le circuit de Philip Island, les guerriers en piste dans le groupe de tête nous ont régalé avec un total de 73 dépassements dans cette course de 27 tours ! Ils ont confirmé, une fois de plus, que le MotoGP vit à la frontière du sport et de la magie. Comme Nick Harris aimait le dire lorsqu’il commentait les courses : « C’est le MotoGP à son apogée…et on ne trouve rien de mieux que ça ! » Puisse sa voix résonner pour toujours dans le paddock.


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